What means "bourgeois" ? (7 bits)

J.Y. Bourdin jybourdi at pratique.fr
Thu Dec 28 10:46:14 MST 1995


Desole, mais les "petits-bourgeois" de Baudelot/Leger, ca me fait
strictement le meme effet que les "bourgeois workers" de Luigi : des
cercles carres, une contradiction dans les termes, une absurdite logique,
une absence totale de sens. Un bourgeois qui n'a pas de capital, c'est une
omelette sans oeufs.

Or un prof, ou un instituteur :
1/ Ne possede aucun capital
2/ Vend sa force de travail a son patron, generalement l'Etat

Le patron du cafe-tabac a cote de chez moi :
1/ Possede un capital, son cafe
2/ Vit de son travail et de celui de sa femme, il n'a pas d'employe.

Lui, c'est un petit-bourgeois, pas moi. Ou alors, je ne sais pas ce que les
mots veulent dire, le mot "bourgeois" veut dire n'importe quoi, et il n'y a
plus de dialogue possible, en tout cas entre marxistes. Parce qu'il y a
toujours un usage litteraire, plus ou moins romantique, du mot "bourgeois",
il y a le "bourgeois de Geneve", aussi.

Ou alors, c'est qu'on confond proletaire et pauvre, bourgeois et riche, ce
qui est une idiotie, certains proletaires gagnant, aujourd'hui encore, bien
plus que le patron du cafe-tabac. Comment, avec simplement un peu de
logique, peut-on appeler "bourgeois" ou "petit-bourgeois" des salaries qui
n'ont pas de capital, qui vendent leur force de travail a un patron, lequel
se comporte comme tous les patrons (precarite, chomage force, baisse des
salaires, preference nationale, etc) ?

A moins de parler, comme Bourdieu, de "capital scolaire", ce qui est
evidemment une absurdite, puisqu'il s'agit de la formation, composante
essentielle de la force de travail, et donc de sa valeur comme marchandise.
Bourdieu n'est pas marxiste, c'est tout. Il emploie le mot de "capital" au
sens de l'economie vulgaire (ce qu'on fait fructifier). On lui pardonne,
parce que c'est Bourdieu, mais c'est franchement ringard, scientifiquement,
c'est rigolo, pas autre chose.

Ce que Marx a dit, c'est que les petits-bourgeois (mon patron de cafe, par
exemple) etaient condamnes par le capital a se proletariser. Meme Alain
Leger parle de la petite-bourgeoisie en voie de proletarisation. Marx a a
eu raison, c'est bien ce qui s'est passe.

Mais a force de se proletariser, depuis un siecle et demi, il doit bien y
avoir un jour ou ca y est, ces ex-petits-bourgeois, ils sont devenus
proletaires, non ?

Quand au refus des petits-bourgeois de se proletariser, ca me semble plus
que normal. C'est le contraire qui m'etonnerait. La condition du
proletaire, l'exploitation capitaliste, ce n'est pas la joie. Meme les
enfants de proletaires n'ont pas envie d'etre proletaires. Sinon, pourquoi
chercheraient-ils a entrer en faculte ?

Voir les passages de Marx sur l'accumulation primitive : la condition
proletarienne, ca ne se choisit pas ! On n'y entre que contraint et force,
parce qu'il n'y a pas d'autre maniere de gagner sa croute, si on pouvait
etre son propre patron, on ne se generait pas ! Tous les proletaires savent
ca, et aucun n'a envie de ca pour ses propres enfants. Meme les cheminots
de Drancy en greve m'ont dit qu'ils ne voulaient pas que leurs enfants
soient cheminots, et leurs enfants me disent qu'ils ne le souhaitent pas
non plus.

Ca a beau etre marxiste, c'est une sacree platitude que j'ecris, qu'on ne
devient pas proletaire par choix, mais par necessite. Les sociologues
vivraient-ils sur une autre planete que moi ?


Jean-Yves Bourdin
Professeur de philosophie
93700 - Drancy
France

jybourdi at pratique.fr




     --- from list marxism at lists.village.virginia.edu ---



More information about the Marxism mailing list