Tous communistes?

Alain Leger aleger at clenche.msh.unicaen.fr
Tue Dec 26 11:42:41 MST 1995


Jean-Yves Bourdin ecrit:

>Il faut donc que tu acceptes une bonne fois qu'il y a énormément de
>communistes qui ne sont pas au PCF, particulièrement dans les syndicats.
>Qu'il n'y a pas identité entre "les communistes" et "les membres du PCF".
>Apparemment, tu confonds toujours, quand tu écris : quand tu écris "les
>communistes", ça veut dire chez toi "les membres du PCF".

Reponse a Jean-Yves:

Oui, c'est vrai, quand j'ecris 'les communistes', il s'agit pour moi, comme
pour presque tous les francais, des adherents du PCF. Mais il ne s'agissait
pas d'une revendication de l'exclusivite du label. Je suis heureux que tu
le revendiques aussi: d'ailleurs c'est ton droit car ce n'est pas une
'marque deposee'. Je lutte pour que nous soyons encore plus nombreux a
revendiquer ce terme, mais aussi pour qu'augmente le nombre de nos
adherents.
Un de mes collegues a l'universite m'a meme dit un jour qu'il etait plus
communiste que les communistes. Apres tout, pourquoi pas? Mais j'aimerais
quand meme bien savoir ce qu'il a fait en ce mois de decembre. Car, tu as
raison, comme pour le clivage gauche/droite, ce n'est pas l'etiquette qui
compte, c'est la pratique.
J'irai meme jusqu'a dire que sont communistes bien des gens... qui
l'ignorent encore. La semaine derniere, une de mes etudiantes grevistes a
fait une intervention sur la lutte des classes, et je lui ai dit, ensuite,
qu'elle faisait une analyse marxiste (je n'ai pas ose dire 'communiste',
qui a un sens encore plus etroit). Elle a paru decontenance, choquee et un
peu furieuse, comme si je l'insultais...
Si le communisme est bien le mouvement reel d'abolition de la domination de
classe, alors il y a beaucoup plus de communistes et de marxistes qu'on ne
le croit. Mais je demeure persuade que tous ces communistes qui ne savent
pas qu'ils le sont, comme tous ceux qui le savent mais qui restent hors du
PCF, feraient mieux d'y venir ou d'y revenir, ne serait-ce qu'en termes
d'efficacite de leur action, et en termes d'action aux cotes des
travailleurs. Parce que sans parti communiste en France, tu verrais comment
la situation, toi?
L'anarcho-syndicalisme (tradition ancienne, tu le sais, du mouvement
syndical francais), dont on voit les resurgences actuellement, est aussi
une facon de fuir la difficile question des perspectives politiques et de
leur traduction en termes d'alliances et de compromis de classe. Et la est
la veritable question: avec qui vont s'allier ces communistes, adherents ou
non, meme s'ils sont plus nombreux qu'on le croit, mais qui sont quand meme
tres minoritaires? Vont-ils s'enfermer dans une eternelle opposition, dans
une culture marxiste d'isolement? Et comment, avec qui, transformer notre
vieux monde capitaliste? Tu ne proposes rien, pour l'instant, sur cette
question pourtant essentielle.

Par ailleurs, pour repondre a de nombreux passages de tes messages, je
crois qu'on ne peut pas reecrire l'histoire des erreurs (ou supposees
erreurs) du passe, en termes ponctuels, moralistes ou individuels: ceux qui
avaient raison et ceux qui avaient tort. D'abord, parce que selon les
circonstances, ce ne ne sont pas les memes *individus* qui avaient raison
ou tort. Et cela n'a aucune importance, en tant qu'individus, qu'ils aient
eu raison ou tort. Ce qu'il faut pouvoir comprendre c'est pourquoi, si
leurs analyses etaient si justes, si lucides, si pures ou dures, elles
n'ont eu aucune prise? On peut penser que c'est le poids de l'appareil du
parti qui a etouffe les contestations, mais on peut aussi fortement mettre
en doute la lucidite (c'est-a-dire, la prise en compte de l'etat reel du
mouvement) des individus concernes.
Et il faut aussi repondre a la question: que proposaient-ils comme autre
issue, et quel etait le risque encouru? Car, dans certaines circonstances,
il me semble que nous n'avons le choix qu'entre le mauvais et le pire.
L'exemple du vote pour Mitterrand, que tu donnes a plusieurs reprises, est
un bon exemple. Tu m'interroges sur mon vote: bien que je pense que cela a
tres peu d'interet pour nos amis de la liste, je n'ai jamais vote pour un
candidat socialiste depuis 1974 et me suis toujours abstenu lorsque le
choix etait entre socialistes et droite (y compris en 1981, point culminant
des illusions). Mais non seulement je ne trouve pas genant que mon parti
ait appele a ce vote, mais encore je *persiste* a penser que toute autre
solution etait pire encore (et donc que tu as eu raison de faire ce que tu
appelles, maintenant, une erreur).
Je ne professe pas, en general, le cynisme politique qui consiste a faire
l'inverse de ce qu'on proclame, mais je pense qu'il y a des cas (le fameux
piege dont tu parles) ou l'on n'a pas le choix, et ou toute autre attitude
politique *collective* est simplement suicidaire. Ce que nous faisons
ensuite, comme individus, lorsque nous votons, n'a strictement aucune
importance.
Et puis, tout de meme, tu sais aussi bien que moi *lire entre les lignes*
d'un appel a voter: il y a soutien et soutien!  Je crois que le realisme
politique c'est aussi tout simplement de savoir lire. Mais ne me fais pas
dire ce que je ne pense pas: la politique, telle que je la concois, ne se
*resume* pas a des combines, a des magouilles et a un double langage. Mais
il faut aussi savoir y recourir quand on est dans un piege.




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